LE CLOWN...

Publié le 10 Septembre 2018

LE CLOWN...

Le clown triste…

 

Bozo l’Ami a le cœur gros… Il donne’ sa réplique à Pipo…

Pourtant sa joie n’y est plus trop ! Qui peut trouver ça rigolo ?

Des enfants crient quand il gémit ! Est-ce’ qu’ils se moquent’ plutôt de lui,

De son allure’, de ses non-dits qu’il a voulu mettre à l’abri !!!?

 

Derrière’ son fard et son nez rouge, ‘y’a le visage’ d’un vieux papa !

Les gens sont hilares’ dès qu’il bouge’ ! Dès qu’il boude, ils rient aux éclats !

Son regard se perd dans la salle où on dirait qu’il cherche’ quelqu’un…

Est-il en r’tard ? Son pouls s’emballe ! Il n’est plus si certain de rien !

 

Ce soir, les bancs sont bien garnis et tout le public l’applaudit !

Mais le spectacle est sans merci ! Bozo enchaîne’ les pitreries !

Ici on vient pour oublier les p’tits soucis du quotidien…

Pourtant, pas lui ! car par ici tout lui parle’ d’un bonheur ancien…

 

Il était juste à la même’ place. Il décrochait les mêmes’ bravos ;

Il décochait les mêmes’ grimaces’ et il écorchait les mêmes’ mots…

Tous les yeux se fixaient sur lui, surtout les prunelles’ des petits !

Il se rappelle’ : c’était sa vie ! Rien n’est plus pareil aujourd’hui !

 

Il est sur scène… il se démène’ ! C’est son métier… c’est sa routine !

Il se force à cacher sa peine’ ! Qui devine’ ce qui le chagrine ?

On voit d’la sueur sur son front, pas ses larmes’ au coin d’ses paupières !

Dans son âme il porte un prénom. Qui se souvient de Petit Pierre ?

 

Un petit ange’ parmi des clowns…

Un petit clown doux comme un ange !

Il avait plein d’rires’ dans son cœur

Et puis tout son cœur dans ses rires !

LE CLOWN...

 

On a vendu tous les billets ! Ce soir, c’est à guichet fermé 

Qu’il joue mais sans rien oublier ! (Il sait qu’ça n’arrive’ra jamais !)…

Il pense à ces moments complices’… à ces p’tits pas dans les coulisses,

A des p’tits airs pleins de malice, à ce temps si léger qu’il glisse !

 

Il croise’ le visage’ d’une’ vieille’ dame au premier rang ! Celui d’sa femme !

Elle’ n’est pas là pour le programme ! Elle est venue pour lui, sans drame…

Elle’ connaît toutes’ ses sensations, toutes’ ses « surprises’ » et ses « reprises »…

Elle en ressent la dérision quand tout retombe et tout se brise !

 

Il aurait voulu avant tout la préserver de ses colères !

Elle, elle’ sait tout puisqu’elle’ partage’ la même’ révolte’, la même’ misère !

Ils se rejoindront tout à l’heure’ sans se reparler de tout ça…

Ils n’en sont plus à ces douleurs ! Leur fureur a baissé les bras !

 

Ce soir leurs pensées sont ailleurs, dans un combat pour tant de vies !

Et s’ils n’en sauvaient qu’une’, d’ailleurs, c’est déjà ça ! Tant mieux ? Tant pis !

Il donne’ le meilleur de lui-même’, même’ si « le meilleur » est cassé !

Il donne’rait ses biens sans problème’ si ça ravivait le passé !

 

La recette est pour l’hôpital et ses besoins en matériel :

Pour mille enfants, contre leur mal et leur sort quelquefois cruel !

Pour ces bouts d’chou qu’il côtoyait quand il venait pour les faire’ rire

Ou se porter à leurs chevets, pour qu’ils oublient un peu d’souffrir !

 

Pour des p’tits mômes’ devant leurs clowns…

Lorsque les clowns se changent’ en anges 

Qui versent’ un baume au fond d’leur cœur

Et sur leurs maux, plein de douceur !

LE CLOWN...

 

Dans l’assemblée ‘y’a un p’tit homme’ qui ressemble à Pierre’ d’assez près…

Il n’est pas son portrait conforme’ mais, de loin, on les confondrait…

Bozo l’a vu… et il l’entend battre des mains, donner d’la voix…

Il croit rêver un court instant lorsqu’un instant, c’est Pierre’ qu’il voit !

 

‘Y’a bien longtemps, à ses débuts, sur ces planches’ il tentait sa chance…

Et le voilà qui est rev’nu… après trente années de distance !

Il se dit qu’c’est pour la bonne’ cause ou qu’il n’y’a jamais de hasard…

Et il se dit tout un tas d’choses’ entre ses sketches’ et ses bobards !

 

Puis, tout à coup, tout lui revient ! Petit Pierre’ joue dans les couloirs…

Il se tient comme un comédien, assez cabot pour se faire’ voir !

Dans les loges’, il a l’droit d’s’assoir. Il se sent comme à la maison !

Il vient même y faire’ ses devoirs ou bien réciter ses leçons…

 

Bozo a de nouveau trente ans ! Son p’tit bonhomme est dans les lieux !

Un court instant tout comme avant il a du bonheur dans les yeux !

Après le spectacle, au plus tard, ils iront prendre un chocolat,

Tous les deux assis au comptoir car Petit Pierre il adore’ ça !

 

Oui mais soudain, tout lui revient : l’hôpital, des visages’ si pâles…

Les seringues’, les perfs’ et les drains ! Il cavale’ comme un animal

Vers une’ chambre et vers un gamin… Être un clown devient si futile !

Contre un mal, il lui tient la main… Il se sent tell’ment inutile !

 

Et pourtant… Petit Pierre’ sourit

Lorsque son clown se change en ange 

Qui verse un baume au fond d’son cœur

Et, sur ses maux, tant de douceur !

 

LE CLOWN...

… … …

Les années sont passées depuis, de désespoirs en décennies…

L’harmonie, autant qu’elle’ se vit, ne dure’ pas toujours toute une’ vie !

Quand son souvenir lui survit, qu’est-ce’ qu’on peut faire encore’ sans elle ?

A part faire’ naître au cœur des nuits une étoile ou une étincelle ?!!!

… … …

‘Y’a des absences’ qui se voient trop dans les traits de ceux qui en pleurent !

C’est c’que voudrait cacher Bozo sous son chapeau, avec pudeur…

Les gens en veulent’ pour leur argent ! Ils n’achètent’ jamais du chagrin !

Et qu’est-ce’ qui peut plaire aux enfants sans bonne humeur ou sans entrain ?

 

Il pense’ qu’il ne triche’ pas : qu’il est vrai ! Il sait trop qu’il est juste un acteur !

Il essaie de masquer ses regrets ; il est juste un vieux clown très farceur 

Qui aime’rait tant chasser les malheurs dans le cœur de ceux qui les subissent !

En semant des bourgeons de bonheur, même’ factices’ ! et des fleurs d’artifice !

 

Alors il s’éclate’ sur les pistes’ au lieu qu’il éclate en sanglots !

Puisque c’est son métier d’artiste ! alors, il le fait comme il faut !

Bien sûr on peut voir qu’il est triste ou que ses fous rires’ sonnent’ très faux !

Et c’est bien pour ça qu’il résiste ou qu’il les maquille’ de bons mots !

 

Il veut juste en faire un cadeau ! et tant pis s’il a le cœur gros !

 

Ce soir, les guichets sont fermés ! On a vendu tous les billets !

Bozo joue sans rien oublier ! Il sait qu’il ne l’pourra jamais !

’Y’a plus de p’tits pas en coulisses’ ni de drôles’ d’airs plutôt complices…

L’atmosphère est un peu trop lisse ! Il n’y’a que ses yeux qui se plissent…

 

 

Mais dans sa loge… et dans sa vie, ‘y’a toujours… une’ photo d’son fils !

 

 

Autre blog : http://jean-pierre-aimer.blogspot.fr/ 

LE CLOWN...

Rédigé par Jean-Pierre B

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